Que signifie vraiment l’augmentation du cholestérol ?

Que signifie vraiment l’augmentation du cholestérol ?

Lors d’un bilan de routine, vous avez peut-être déjà eu la surprise de voir votre cholestérol augmenter. Probablement même que celui-ci dépassait les normes actuellement admises par le consensus officiel. Inquiet vous êtes retourné chez votre médecin qui vous a prescrit des statines pour faire baisser artificiellement votre cholestérol. Les statines sont très efficaces pour baisser le cholestérol, malheureusement elles ont de nombreux effets secondaires parfois grave et surtout elle ne s’attaque pas à la cause du problème. Dans cette article je vous propose une compréhension plus global de cette problématique, pourquoi le cholestérol augmente ? qu’est-ce que cela signifie ?

Tout d’abord quelques constats :

➡️ De nombreuses études montrent que les personnes avec un taux de cholestérol « normal », meurent de maladie cardio-vasculaire aussi souvent que les personnes qui ont un taux de cholestérol élevé. Le taux de cholestérol n’est donc pas un marqueur prédictif de l’infarctus. Au moins 60% des victimes d’infarctus ont des taux de cholestérol normaux..

➡️ De nombreuses études montrent que de faibles taux de cholestérol sont associés à une mortalité plus importante, par maladies cardiovasculaires ainsi qu’un risque plus important de souffrir de dépression, pensées suicidaires, comportement violent. Avoir un cholestérol trop bas est dangereux.

➡️ Après 60 ans un taux de cholestérol LDL élevé est associé à une mortalité plus faible.

➡️ D’autres études ont montré qu’il n’y a aucune corrélation entre le taux de cholestérol et le taux d’athérosclérose… une personne avec un cholestérol faible peut être autant sclérosé qu’une personne avec un cholestérol élevé.

➡️ Une méta-analyse de 11 essais contrôlés et randomisés portant sur 65 229 participants, à chercher à évaluer l’impacte des statines, sur la mortalité toutes causes confondues en prévention primaire des personnes à hauts risques. Conclusion : cette méta-analyse n’a pas trouvé de preuve du bénéfice du traitement par statine sur la mortalité toutes causes confondues.

Je vous mets des références d’études à la fin de l’article. Cela n’est qu’un petit aperçu des études qui existent sur le sujet. Pour ceux qui veulent creuser je vous invite à lire deux excellents livres celui de Natasha Campbell  » vive le cholestérol » et celui de Michel de Lorgeril « Cholestérol mensonges et propagande ». Des véritables bombes sur le sujet qui vont changer radicalement votre point de vue sur la question.

🔸 Élévation du cholestérol et hypothyroïdie

Dans l’étude HUNT, l’une des plus grandes sur les maladies cardio-vasculaires menées sur une population de 66 140 personnes en Norvège, les chercheurs ont découvert une corrélation directe entre l’élévation du « mauvais cholestérol » (LDL) et l’hypothyroïdie. Le LDL-cholestérol augmente en parallèle de l’élévation de la TSH.

Lien vers l’étude : https://eje.bioscientifica.com/view/journals/eje/156/2/1560181.xml

Ce graphique tiré de l’étude montre que l’hypothyroïdie s’accompagne d’une élévation du LDL-Cholestérol. En effet la TSH (thyréostimuline) est l’hormone qui stimule la thyroïde pour la production d’hormones. Elle est sécrétée par l’hypophyse lorsque les hormones thyroïdiennes diminuent dans le sang. De manière générale plus la TSH augmente, plus le déficit en hormones thyroïdiennes est important : c’est un état d’hypothyroïdie. Or comme vous allez le voir l’hypothyroïdie est une cause majeure des maladies cardiovasculaires, le cholestérol n’est pas directement coupable dans cette affaire.. il est juste l’indicateur d’un problème sous-jacent. Il montre que le métabolisme tourne au ralenti. Plus vous devenez hypothyroïdien plus votre cholestérol augmente (sauf si le foie en fabrique naturellement peu du à un polymorphisme génétique)

 

🔸 L’hypothyroïdie est un facteur majeur des maladies cardiovasculaires

C’est là que les choses deviennent intéressantes. Le lien entre hypothyroïdie est maladie métabolique est démontré par de nombreuses études. Comme le montre le schéma suivant une augmentation de la TSH est associé à un risque majoré de nombreuses maladies cardiovasculaires et métaboliques. En réalité l’insuffisance thyroïdienne entraine de nombreuses pathologies (pas seulement cardiovasculaire) qui dépasse le cadre de cette article . Les laboratoires tolèrent une TSH jusqu’a 4,5 mUI mais de nombreux spécialistes expliquent  que cette fourchette est beaucoup trop large et qu’une TSH au-dessus de 2 témoigne d’une hypothyroïdie frustre.

(Image tiré d’une conférence du Dr.Stéphane Résimont)

Comme vous pouvez le constater plus la TSH augmente plus les marqueurs du syndrome métabolique augmentent (glycémie, triglycérides, cholestérol, CRP, homocystéine..). Saviez-vous qu’avant l’émergence des marqueurs thyroïdiens (TSH, T4, T3 etc) les médecins étaient formés à rechercher un cholestérol élevé comme signe d’hypothyroïdie ?

Les recherches du Dr. Broda Barnes

Le Dr. Broda Barnes était un endocrinologue américain connu pour avoir passé sa carrière à étudier les problèmes thyroïdiens. Selon ses études, les régimes qui visent à faire baisser le cholestérol aggravent les maladies cardiovasculaires et multiplient les dégâts par quatre.

Le Dr. Barnes a mené sa propre étude clinique sur des patients hypothyroïdiens traités par des extraits desséchés de thyroïde de porc (qui apporte l’ensemble des hormones thyroïdiennes). D’après les statistiques de l’époque sur la survenue des maladies cardiaques il avait été prédis que 72 patients de son étude subiraient une crise cardiaque à un moment donné au cours de l’étude. Résultat seul 4 patients de l’étude ont fait une crise cardiaque. Cela représente une réduction de 94% du nombre d’infarctus grâce à la prise en charge de l’hypothyroïdie via un traitement de remplacement par extrait thyroïdien. Ce qui est juste énorme…

C’est aussi ce médecin qui a trouvé une méthode alternative fiable pour diagnostiquer l’hypothyroïdie sans passer par les laboratoires avec un simple thermomètre. Cela consiste à mesurer sa température corporelle au réveil sous l’aisselle pendant 10 minutes avec un thermomètre au gallium (à l’époque au mercure) ou sous la langue avec un thermomètre électronique (dans ce cas il faut le laisser au moins 3 minutes). Une température inférieure à 36,6° indique une température corporelle basse est donc une hypothyroïdie probable (très significatif en dessous de 36,1). Évidemment cela est à corréler avec les autres symptômes cliniques (et avec votre médecin qui lui seul peut poser le diagnostique). Ce que je vous propose de faire dans cet article. Si vous parlez anglais et que les recherches de Barnes vous intéresses vous pouvez lire son livre encore disponible.

🔸 Pourquoi le cholestérol augmente en cas d’hypothyroïdie ?

Le cholestérol est une substance vitale pour l’organisme et qui a de nombreuses fonctions. Le cholestérol permet la synthèse de vitamine D via les rayons UVB du soleil. Un faible taux de vitamine D entraîne une faible production de vitamine D qui entraine une carence avec de graves conséquences pour la santé. Le cholestérol est nécessaire à la fabrication des sels biliaires et aux membranes cellulaires qu’il rend souples. Le cholestérol est aussi le précurseur des hormones sexuelles (testostérone, estrogènes et progestérone) et stéroïdiennes (cortisol, aldostérone). Seulement voilà pour que le cholestérol puisse pénétrer dans la mitochondrie (centrale énergétique des cellules) et fabriquer des hormones il lui faut une petite protéine appelée  StAR (pour stéroidogenic acute regulatory protéine). Or cette protéine dépend de deux cofacteurs : l’hormone thyroïdienne active T3 et la vitamine A (rétinol).

 

 

Sans suffisamment d’hormones thyroïdiennes et de vitamine A pas de fabrication de la protéine StAR et donc pas de conversion du cholestérol en hormones sexuelles et stéroïdiennes. N’étant pas correctement utilisé le cholestérol s’accumule et augmente. L’autre conséquence c’est que votre corps produit moins d’hormones dérivées du cholestérol : prégnénolone, dhea, testostérone, progestérone, cortisol, aldostérone. Ces hormones sont essentielles à la bonne santé. Elles jouent notamment un rôle dans l’immunité, la mémoire, le maintien de la masse musculaire et osseuse, la libido, la régulation de l’inflammation…

 

🔸 Un taux de cholestérol faible est dangereux

Comme je l’ai écrit plus haut un taux de cholestérol faible est dangereux. Des études montrent une mortalité par cancer augmenté. Pour citer Natasha Campbell dans son livre « vive le cholestérol » :

 » Le cholestérol protège des infections et les gens avec un cholestérol faible sont plus sensibles aux infections et guérissent moins vite. Le risque de mourir d’une infection est supérieur aux personnes qui ont un cholestérol élevé. Le cholestérol soutient le système immunitaire désactivant les toxines microbiennes et en aidant le système immunitaire à lutter contre l’infection. « 

 » Dès le début des essais visant à faire baisser le taux de cholestérol, un plus grand nombre de décès par mort violente et par suicide ont été rapportés. Historiquement, selon des études réalisées sur des humains et sur les animaux, on s’est aperçu qu’un faible taux de cholestérol était lié à un comportement agressif et suicidaire. Un faible taux de cholestérol a couramment été décelé chez les criminels ayant commis des meurtres et d’autres crimes violents, les personnes ayant une personnalité agressive et violente, des tendances suicidaires et un comportement social agressif et un manque de maitrise de soi. « 

A l’heure actuelle les recommandations officielles indiquent :

  • 2 g/L (5,2 mmol / L) ou moins = « Cholestérol souhaitable »
  • 2 g/L à 2,39 g/L (5,2 à 6,2 mmol / L) = « limite haute »
  • 2 g/L (6.2 mmol / L) ou plus = « Élevé »

Selon les études de mortalité toutes causes confondues, le cholestérol optimal dont la mortalité toutes causes confondues est la plus basse est en réalité de 2 g/L à 2,40g. D’après les recommandations officielles cela représente la limite haute. Donc ne soyez pas inquiet devant un taux de cholestérol dans cette fourchette. Si vous souhaitez évaluer vos risques cardio-vasculaires d’autres marqueurs et signes cliniques existent et sont beaucoup plus sensibles : homocystéine, anticorps anti LDL-oxydées , CRP-us, acide urique, homa/quicky, tmao, ferritine, tour de taille élevé, parodontite…

Conclusion

Une hausse du cholestérol devrait vous pousser à investiguer plus loin la piste de l’hypothyroidie franche ou infraclinique avec votre médecin (situation fréquente de nos jours : carence en iode, perturbateurs endocriniens etc). En améliorant votre fonction thyroïdienne vous pourriez avoir la surprise de faire baisser votre cholestérol naturellement sans statine, tout en diminuant d’autres facteurs de risque impliqué dans les maladies cardio-vasculaires… Pour en apprendre plus sur l’hypothyroïdie je vous conseil de lire mon article.


Références :

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